Apprendre l'alphabet arabe aux enfants : les 28 lettres, leurs sons et une fiche à imprimer
Par Aya Dimashkieh · Lughaty Academy
Vous voulez apprendre l'alphabet arabe à votre enfant et vous ne savez pas par quel bout le prendre ? Bonne nouvelle : l'alphabet arabe est plus régulier que l'alphabet français. Il compte 28 lettres, chacune fait presque toujours le même son, et on l'apprend très bien en jouant. Vous trouverez ici les 28 lettres dans l'ordre avec leur son expliqué simplement, six jeux pour la maison, les quatre lettres qui résistent aux enfants francophones, et une fiche gratuite à imprimer.
Commençons par ce qui rassure. En arabe, ce qui s'écrit se prononce, et ce qui se prononce s'écrit. Pas de lettres muettes comme dans « temps », pas de « eau » qui se lit « o ». Une fois les 28 lettres et les trois voyelles courtes connues, un enfant peut lire n'importe quel mot vocalisé. C'est pour cela que les petits arabophones lisent souvent plus tôt qu'on ne l'imagine, et que votre enfant peut y arriver aussi, même si personne ne lit l'arabe à la maison.
La fiche gratuite à imprimer
Les 28 lettres avec leur nom, leur son, leurs formes et un mot exemple, sur une page A4 à afficher sur le frigo. Télécharger la fiche de l'alphabet arabe (PDF)
Les 28 lettres arabes, dans l'ordre
Voici les lettres arabes telles que votre enfant les rencontrera, avec leur nom, leur son expliqué par comparaison avec le français, et un mot exemple avec sa prononciation et sa traduction. L'arabe se lit de droite à gauche. D'un livre à l'autre, vous verrez les noms écrits « ba », « baa » ou « bâ » : c'est la même lettre.
| Lettre | Nom | Son | Mot exemple |
|---|---|---|---|
| ا | alif | a long, comme dans « pâte » | أَرْنَب arnab, lapin |
| ب | bâ | b, comme dans « bébé » | بَيْت bayt, maison |
| ت | tâ | t, comme dans « table » | تُفّاح touffâh, pomme |
| ث | thâ | th anglais de « think », la langue entre les dents | ثَعْلَب thaalab, renard |
| ج | jîm | dj, comme dans « djinn » | جَمَل jamal, chameau |
| ح | hâ | h soufflé du fond de la gorge, comme la buée sur une vitre | حِصان hisân, cheval |
| خ | khâ | kh, comme la jota espagnole | خُبْز khoubz, pain |
| د | dâl | d, comme dans « dame » | دُبّ doubb, ours |
| ذ | dhâl | th anglais de « this », la langue entre les dents, avec la voix | ذِئْب dhi’b, loup |
| ر | râ | r roulé, comme en espagnol | رُمّان roummân, grenade |
| ز | zây | z, comme dans « zèbre » | زَرافَة zarâfa, girafe |
| س | sîn | s, comme dans « soleil » | سَمَك samak, poisson |
| ش | chîn | ch, comme dans « chat » | شَمْس chams, soleil |
| ص | sâd | s emphatique : un s plus grave, bouche arrondie | صَقْر saqr, faucon |
| ض | dâd | d emphatique : un d plus grave, la langue large contre le palais | ضِفْدَع difdaa, grenouille |
| ط | tâ emphatique | t emphatique, plus grave que le t français | طائِرَة tâ’ira, avion |
| ظ | zâ emphatique | dh emphatique : le th de « this », en version grave | ظَرْف zarf, enveloppe |
| ع | ayn | son profond de la gorge, sans équivalent en français | عَيْن ayn, œil |
| غ | ghayn | r français grasseyé, comme dans « Paris » | غُراب ghourâb, corbeau |
| ف | fâ | f, comme dans « fleur » | فيل fîl, éléphant |
| ق | qâf | k prononcé tout au fond de la gorge | قَمَر qamar, lune |
| ك | kâf | k, comme dans « kilo » | كِتاب kitâb, livre |
| ل | lâm | l, comme dans « lune » | لَيْمون laymoun, citron |
| م | mîm | m, comme dans « maman » | مَوْز mawz, banane |
| ن | nûn | n, comme dans « nuage » | نَحْلَة nahla, abeille |
| ه | hâ léger | h léger, à peine soufflé, comme le h anglais de « hello » | هِلال hilâl, croissant de lune |
| و | wâw | w comme dans « oui », ou « ou » long comme dans « roue » | وَرْدَة warda, fleur |
| ي | yâ | y comme dans « yaourt », ou i long comme dans « lire » | يَد yad, main |
Deux précisions utiles. Les sons indiqués sont ceux de l'arabe standard, celui de l'école, des livres et du Coran. Dans les dialectes, quelques lettres changent : le ج se dit « g » en Égypte, et le ق devient souvent une petite pause de la gorge au Liban ou en Syrie. Si vous hésitez sur la variante à enseigner, notre guide arabe littéraire ou dialecte vous aidera à trancher. Ensuite, les petits signes au-dessus et en dessous des lettres dans les mots exemples sont les voyelles courtes : a, ou, i. Elles s'apprennent juste après les lettres, et elles transforment un enfant qui connaît des lettres en un enfant qui lit.
Pourquoi les lettres changent de forme (et comment en faire un jeu)
C'est la question que tous les parents posent devant une page d'arabe : pourquoi le ب ne ressemble plus au ب ? L'explication tient en une phrase : l'arabe s'écrit toujours en attaché. Comme en écriture cursive française, une lettre se simplifie quand elle se lie à sa voisine. Chaque lettre a donc jusqu'à quatre formes : seule, au début d'un mot, au milieu, à la fin. Regardez le ب : seul, il s'écrit ب ; au début, بـ ; au milieu, ـبـ ; à la fin, ـب. Le corps se raccourcit, mais le point en dessous reste. Ce point est la carte d'identité de la lettre.
Six lettres refusent de se lier à celle qui suit : ا د ذ ر ز و. Elles ne s'attachent qu'à droite et laissent un petit espace après elles. Les enfants les retiennent facilement quand on les présente comme les « lettres timides », qui ne donnent la main que d'un côté.
Pour que tout cela devienne un jeu, utilisez l'image de la ronde : les lettres se tiennent la main. Celle qui commence le mot tend la main à gauche, celle du milieu tient les deux mains, celle de la fin ne tient que la main droite. Dessinez trois bonshommes qui se donnent la main et écrivez une lettre sur chacun. Ensuite, jouez à la lettre déguisée : vous montrez une forme au milieu d'un mot, l'enfant retrouve la lettre seule sur la fiche. Et montrez-lui les familles de points (ب ت ث, ج ح خ, س ش, ص ض, ع غ...) : il comprend vite qu'il n'y a pas 28 dessins sans rapport à retenir, mais moins d'une vingtaine de corps de lettres, que les points distinguent. La montagne devient tout de suite moins haute.
Apprendre l'alphabet arabe en jouant : six idées pour la maison (4 à 8 ans)
1. La lettre du jour sur le frigo
Imprimez la fiche, affichez-la, et choisissez une lettre par jour. Dites son nom, faites son son, tracez-la avec le doigt, puis retrouvez-la dans le mot exemple. Trois minutes au petit-déjeuner suffisent. En un mois, l'alphabet est passé une première fois ; on recommence, et la deuxième fois va deux fois plus vite.
2. La chasse aux lettres
Choisissez une lettre et partez la chercher : sur les paquets de couscous et de dattes, l'étiquette de l'huile d'olive, l'enseigne de l'épicerie, la couverture d'un livre. Un point par lettre trouvée. Les enfants de 5 ans en redemandent, et ils apprennent sans s'en rendre compte que les lettres existent ailleurs que sur la fiche.
3. Les lettres qu'on touche
Un plateau de semoule ou de sable, de la pâte à modeler, de la pâte à sel, une craie sur le trottoir. L'enfant trace la lettre en grand, de droite à gauche, en disant son son. Pour les 4 à 6 ans, c'est la méthode la plus efficace de toutes, parce que la main retient ce que les yeux oublient.
4. Le memory des familles
Fabriquez des cartes avec les lettres qui partagent un corps (ب ت ث, ج ح خ, د ذ, ر ز, س ش) et jouez au memory classique. Variante pour les plus grands : vous dessinez le corps sans point, et l'enfant ajoute le bon nombre de points pour fabriquer la lettre que vous nommez.
5. Le son du départ
« Je vois quelque chose qui commence par... b. » L'enfant cherche : bayt, bâb, batta (maison, porte, canard). Ce jeu se joue en voiture, dans la file d'attente, dans le bain, et il entraîne la compétence qui compte le plus avant de lire : entendre le premier son d'un mot. Inversez les rôles dès que possible, un enfant qui pose la devinette apprend deux fois.
6. Le mot de la semaine en lettres aimantées
Avec des lettres aimantées ou des cartes, construisez ensemble un mot de deux ou trois lettres : bâb (porte), bayt (maison), mâmâ, bâbâ, ou le prénom de l'enfant. Il voit les lettres se donner la main, et il lit son premier mot. Prenez une photo, affichez-la : c'est le genre de fierté qui fait revenir le lendemain.
Dans tous les cas, cinq à dix minutes par jour valent mieux qu'une heure le dimanche. Arrêtez avant que l'enfant se lasse, et toujours sur une réussite.
Les quatre lettres les plus difficiles pour un enfant francophone
Certaines lettres n'existent pas en français. Il est normal que votre enfant les remplace au début par le son le plus proche. Ne le corrigez pas à chaque fois : montrez le geste, faites-le rire, et laissez l'oreille faire son travail sur plusieurs mois. Voici celles qui demandent le plus de patience.
- ع (ayn). Le son le plus étranger au français. C'est celui qu'on fait quand on serre doucement la gorge, comme pour soulever quelque chose de lourd en disant « a ». Demandez à l'enfant de poser la main sur sa gorge pour sentir la vibration. Au début, il dira simplement « a » : c'est très bien, le reste vient avec l'écoute.
- ح (hâ). Un h soufflé depuis le fond de la gorge, exactement comme quand on fait de la buée sur une vitre ou sur des lunettes pour les nettoyer. Le jeu de la buée marche à tous les coups, et il distingue tout de suite ce ح du ه léger, qui ressemble au h anglais.
- خ (khâ). La jota espagnole, ou le « ch » allemand de Bach. Pour un enfant, c'est le bruit du chat qui crache ou celui d'un ronflement exagéré : ça fait rire, et ça marche. Beaucoup de petits francophones le trouvent plus facile qu'il n'en a l'air.
- ق (qâf). Un k prononcé tout au fond de la gorge, comme une petite toux sèche. Les enfants le confondent longtemps avec le ك. Apprenez-leur à sentir où ça tape dans la bouche : devant pour ك, tout derrière pour ق. La différence s'installe avec les mots, par exemple qamar (lune) et kitâb (livre).
Deux bonnes surprises pour terminer. Le غ, qui fait peur sur le papier, est simplement le « r » français grasseyé de « Paris » : votre enfant le fait déjà. À l'inverse, le ر arabe est un r roulé, comme en espagnol, et c'est souvent lui qui demande le plus d'entraînement aux petits Français : faire ronronner le chat ou vrombir une moto aide beaucoup. Les lettres emphatiques (ص ض ط ظ) viennent en dernier : ce sont les sons s, d, t et dh prononcés « en grave », bouche arrondie, et elles se mettent en place avec le temps, surtout en écoutant un adulte qui les prononce bien.
Quand un enfant est-il prêt à lire ?
Connaître les lettres n'est pas encore lire. Entre les deux, il y a trois petites marches : les voyelles courtes (fatha, damma, kasra, qui donnent a, ou, i), la syllabe (ب + a = با), puis le mot. Votre enfant est prêt à grimper ces marches quand :
- il reconnaît la plupart des 28 lettres seules et dit leur son, pas seulement leur nom ;
- il entend le premier son d'un mot (« bayt commence par b ») ;
- il retrouve une lettre sous ses différentes formes, au milieu d'un mot ;
- il tient un crayon et trace les lettres sans se crisper, même maladroitement ;
- il reste concentré sur une activité pendant 10 à 15 minutes.
En général, cela arrive entre 5 et 7 ans, souvent au moment où l'enfant apprend à lire en français. Les deux ne se gênent pas : un enfant qui a compris que les lettres font des sons transfère cette idée d'une langue à l'autre. Si votre enfant n'est pas prêt, rien n'est perdu : continuez les jeux, les chansons et les histoires, et refaites le point dans deux mois. Avec deux courtes séances par semaine et quelques minutes de jeu à la maison, la plupart des enfants de 6 à 7 ans reconnaissent toutes les lettres en deux à trois mois et lisent leurs premiers mots vocalisés entre quatre et six mois. Un enfant de 4 ans met plus longtemps, et c'est normal.
Comment nos professeurs enseignent l'alphabet au niveau Fondation
À Lughaty Academy, l'alphabet est le cœur du niveau 1, que nous appelons Fondation. Les cours sont en tête-à-tête, 25 minutes pour les plus jeunes, avec un professeur arabophone natif, certifié et formé à enseigner aux enfants en ligne. Il peut vous expliquer en français ce qu'il fait et pourquoi.
Concrètement, nos professeurs enseignent les lettres par leur son avant leur nom, par familles de formes plutôt que dans l'ordre strict de l'alphabet, et avec les voyelles courtes dès les premières lettres, pour que l'enfant lise une vraie syllabe dès la deuxième ou la troisième séance. Chaque séance mélange une lettre nouvelle, un jeu, un retour sur les lettres déjà vues et un premier mot. Vous recevez une courte note après chaque cours et un bilan chaque mois, donc vous savez où en est votre enfant et quelles lettres travailler à la maison avec la fiche.
Si vous voulez voir comment cela se passe, le programme d'arabe pour enfants commence par un cours d'essai gratuit, sans carte bancaire. Votre enfant repart avec sa première lettre, et vous, avec une idée précise de son niveau.
Et pour commencer dès ce soir : téléchargez la fiche gratuite de l'alphabet arabe, imprimez-la, et choisissez ensemble la lettre de demain.
Les questions que les parents nous posent
À quel âge peut-on commencer l'alphabet arabe ?
Dès 3 ou 4 ans pour le jeu : chansons de l'alphabet, lettres à toucher, la première lettre de son prénom. Pour un apprentissage suivi des 28 lettres avec leurs sons, 5 ans est un bon âge, et 6 à 7 ans est souvent le plus efficace, parce que l'enfant comprend déjà, grâce au français, que les lettres fabriquent des sons. Il n'y a aucun retard à commencer à 8 ou 10 ans : un enfant plus grand apprend l'alphabet plus vite, souvent en quelques semaines.
Faut-il apprendre le nom des lettres ou leur son ?
Les deux, mais le son d'abord. Un enfant qui sait que ب fait « b » peut lire ; un enfant qui sait seulement que ب s'appelle « bâ » ne peut pas encore. Les noms viennent naturellement avec les chansons et la fiche. Si vous ne devez retenir qu'une règle : chaque fois que vous montrez une lettre, faites son son.
Mon enfant confond ب, ت et ث. Est-ce normal ?
Complètement. Ces trois lettres ont le même corps et ne se distinguent que par leurs points : un en dessous, deux au-dessus, trois au-dessus. C'est la confusion la plus fréquente, et elle disparaît avec un jeu simple, la famille des points : dessinez le corps sans point et demandez à l'enfant d'ajouter les points pour fabriquer la lettre que vous nommez. Trois séances de cinq minutes suffisent en général.
Faut-il apprendre à écrire en même temps qu'à lire ?
Tracer aide à mémoriser, donc oui pour le geste : avec le doigt, dans la semoule, avec un gros feutre. En revanche, une écriture propre entre les lignes n'est pas l'objectif avant 6 ou 7 ans, surtout si l'enfant apprend en parallèle à écrire en français. La lecture avance toujours plus vite que l'écriture, et c'est normal.
Je ne lis pas l'arabe moi-même. Puis-je quand même aider ?
Oui. La fiche donne la prononciation expliquée en français, et les jeux de ce guide se jouent sans savoir lire : chasse aux lettres, lettres à toucher, memory des points. Beaucoup de parents apprennent l'alphabet en même temps que leur enfant, et les enfants adorent devenir le professeur de leurs parents. Pour la prononciation fine et la lecture, un professeur prend le relais, et vous gardez le rôle le plus important : rendre l'arabe agréable à la maison.
Laissez-nous poser les premières lettres
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